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Vitrine cassée, magasin pillé, voiture brûlée : comment être indemnisé ?

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Illustration générée par IA : la vitrine brisée d’un magasin de vêtements, des éclats de verre sur le trottoir mouillé et des personnes vêtues de noir, capuche sur la tête, qui emportent des sacs

Image générée par IA.

Quand des biens sont endommagés en marge d’une manifestation, trois recours existent : votre assurance d’abord ; l’État ensuite, responsable des dégâts commis par un attroupement ou un rassemblement, pour ce que l’assurance ne paie pas ; enfin, sous conditions de ressources, la commission d’indemnisation des victimes d’infractions (CIVI). Deux démarches ne peuvent pas attendre : porter plainte et déclarer le sinistre à votre assureur, dans un délai de quelques jours.

Le samedi 17 octobre 2026, une journée nationale de mobilisation contre la vie chère a réuni 550 000 manifestants en France selon le ministère de l’Intérieur, 800 000 selon les organisateurs. Dans plusieurs villes, des magasins ont été pillés, des voitures incendiées, des mairies saccagées ou incendiées.

Dans son bilan du 18 octobre, le ministère de l’Intérieur a compté 2 397 interpellations ; la Fédération du commerce et de la distribution estime que 1 500 commerçants ont été directement touchés. La journée, département par département et avec ses sources, est sur notre page du 17 octobre.

Les recours décrits ici ne sont pas propres à cette journée : ils valent pour des dégâts commis en marge de toute manifestation.

En bref

Les recours selon la situation, et leurs délais
SituationPremière démarcheAutres recours possiblesDélai à retenir
Commerce pillé, vitrine briséeDéclarer le sinistre à l’assureurL’État, sous conditions, pour ce que l’assurance ne paie pasDéclaration : 2 jours ouvrés au minimum pour un vol, 5 pour les autres dégâts
Voiture incendiéeVérifier la garantie incendieLa CIVI (sous conditions de ressources) ou l’État, selon la situationCIVI : 3 ans
Voiture ou logement dégradé, sans incendieVérifier les garanties du contratL’État, sous conditions ; la CIVI dans des cas plus raresÉtat : jusqu’au 31 décembre 2030 pour des faits de 2026
Commerce fermé après des dégâtsVérifier la garantie pertes d’exploitationActivité partielle, délais de paiement (Urssaf, impôts)Activité partielle : demande dans les 30 jours

Que faire dans les premiers jours ?

Illustration : une vitrine brisée photographiée avec un téléphone, à côté d’une horloge
Illustration générée par IA
  1. Photographiez avant de nettoyer ou de réparerVues d’ensemble et détails, avec la date et l’heure. Faites la liste des biens volés ou abîmés et retrouvez les factures, les bons de garantie ou des photos antérieures.
  2. Sécurisez les lieux si nécessairePlanches, serrure, rideau : gardez les factures. En dehors de ces mesures d’urgence, ne lancez pas de grosses réparations avant l’accord de l’assureur.
  3. Portez plainteSi l’auteur est inconnu et qu’il s’agit d’un vol ou d’une dégradation, la plainte peut se faire en ligne sur le site officiel Ma Sécurité, avec FranceConnect ; un policier ou un gendarme peut ensuite vous recontacter. Sinon, au commissariat ou à la gendarmerie, qui sont tenus d’enregistrer votre plainte. L’assureur la demande, et elle est indispensable pour saisir la CIVI.
  4. Déclarez le sinistre à votre assureurDans le délai prévu par votre contrat. Ce délai ne peut pas être inférieur à cinq jours ouvrés, ni à deux jours ouvrés pour un vol (code des assurances, article L113-2). Un retard n’est pas forcément fatal : l’assureur ne peut refuser de payer pour déclaration tardive que s’il prouve que ce retard lui a causé un préjudice (même article).
  5. Notez les faits tant qu’ils sont fraisL’heure, la rue, le passage ou non d’un cortège, le nombre approximatif de personnes, les coordonnées des témoins. Remettez les images de vos caméras aux enquêteurs plutôt que de les publier sur les réseaux sociaux.

Décrivez les faits, sans les qualifier. Écrivez « vers 18 h, au passage du cortège, une cinquantaine de personnes ont brisé la vitrine et emporté de la marchandise » plutôt que « des émeutiers » ou « une bande organisée ».

Ces mots ont un sens juridique précis, et c’est à l’assureur, à l’administration ou au juge de les retenir ou non. Les mêmes faits comptent pour l’assurance comme pour la responsabilité de l’État (voir plus bas).

Mon assurance va-t-elle payer ?

Cela dépend de votre contrat. Par défaut, l’assureur ne couvre pas les dommages causés par des émeutes ou des mouvements populaires, sauf si le contrat les prévoit (code des assurances, article L121-8).

La plupart des contrats multirisques des commerces et des immeubles incluent cependant une garantie « émeutes et mouvements populaires », selon la fédération France Assureurs.

Si votre contrat ne la prévoit pas, c’est à l’assureur de prouver que le dommage vient d’une émeute ou d’un mouvement populaire pour refuser de payer (même article).

Illustration : un contrat d’assurance aux garanties cochées, une loupe et le symbole de l’euro
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Ce qu’il faut regarder dans votre contrat :

La loi de finances pour 2026 prévoit que les contrats qui assurent des biens contre l’incendie ou d’autres dommages, et les dommages aux véhicules, couvriront aussi les émeutes.

Ce régime n’est pas encore en vigueur : il attend un décret, qui ne peut être pris qu’après l’accord de la Commission européenne (code des assurances, article L12-11-1).

Même bien assuré, une partie reste souvent à votre charge : la franchise, la vétusté (la décote liée à l’âge du bien) et ce que le contrat ne couvre pas. Cette part peut être réclamée à l’État (voir ci-dessous).

En cas de désaccord, adressez d’abord une réclamation écrite à votre assureur. Un particulier peut ensuite saisir gratuitement la Médiation de l’assurance. Pour agir en justice contre votre assureur, le délai est en principe de deux ans (code des assurances, article L114-1).

L’État peut-il m’indemniser ?

Oui, dans certains cas. « L’État est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens » (code de la sécurité intérieure, article L211-10).

Il n’y a pas besoin de prouver une faute de la police. Ce recours est ouvert aux particuliers, aux commerçants, aux entreprises et aux collectivités, sans condition de ressources.

Les conditions, telles que les juges les appliquent :

C’est pour cela que l’heure, le lieu et le lien avec le cortège, notés dès le premier jour, comptent autant.

Si votre assureur vous a déjà indemnisé, c’est lui qui se retourne contre l’État pour ce qu’il vous a versé (code des assurances, article L121-12). Vous pouvez réclamer à l’État le reste : franchise, vétusté, pertes non couvertes.

Les pertes subies seulement parce que le quartier était bloqué, sans dégât chez vous, sont en revanche rarement indemnisées sur ce fondement.

Illustration : une demande chiffrée en euros, une lettre recommandée et un calendrier
Illustration générée par IA

La démarche, en trois temps :

  1. Une demande écrite au préfetAu préfet du département où les dégâts ont eu lieu (à Paris, le préfet de police), de préférence par lettre recommandée avec accusé de réception. Indiquez le montant demandé et joignez la plainte, les photos, les factures (les juges se contentent rarement de devis) et, le cas échéant, ce que l’assureur a payé ou refusé. Cette demande préalable est obligatoire avant d’aller au tribunal (code de justice administrative, article R421-1).
  2. Sans réponse au bout de deux moisLa demande est considérée comme rejetée (code des relations entre le public et l’administration, article L231-4).
  3. Vous pouvez alors saisir le tribunal administratifCelui du lieu des dégâts. Pour une demande d’argent, un avocat est en principe obligatoire devant ce tribunal (code de justice administrative, article R431-2).
4 anspour demander réparation à l’État, à partir du 1er janvier qui suit les faits : jusqu’au 31 décembre 2030 pour des dégâts commis en 2026

Le délai : quatre ans à partir du 1er janvier qui suit les faits, soit jusqu’au 31 décembre 2030 pour des dégâts commis en 2026 (loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, article 1). N’attendez pas pour autant : les preuves se rassemblent mieux tout de suite.

Ma voiture a été incendiée : quelles solutions ?

4 857 €au plus par la CIVI pour une voiture incendiée sans garantie incendie, si vos ressources ne dépassent pas 29 149,50 € (personne seule, 2026)

Pour une voiture ou un autre bien dégradé sans incendie, la CIVI n’intervient que dans des cas plus étroits : une situation matérielle ou psychologique grave, aucune autre indemnisation possible et des ressources inférieures à 19 433 € pour une personne seule (2026).

Plafond : 4 857 € (code de procédure pénale, article 706-14).

Si vous avez été blessé, la CIVI peut aussi indemniser les dommages corporels, selon d’autres règles (service-public.gouv.fr). Pour un mineur blessé, lire « Enfant blessé en manifestation : que faire ? ».

Commerçants : quelles aides pour tenir le coup ?

En plus de l’assurance et de la demande à l’État :

Et si les auteurs sont identifiés ?

S’ils sont poursuivis, vous pouvez vous constituer partie civile pour demander des dommages et intérêts.

Si la personne condamnée ne paie pas dans les deux mois, un particulier peut saisir le Service d’aide au recouvrement des victimes d’infractions (Sarvi), à partir du troisième mois et au plus tard un an après la condamnation définitive.

Le Sarvi verse la totalité jusqu’à 1 000 €, et au-delà 30 % de la somme (entre 1 000 € et 3 000 €), puis se fait rembourser par la personne condamnée.

Ce que risquent les participants à une manifestation interdite ou non déclarée : lire « Manifestation interdite ou non déclarée : que risque-t-on ? ».

Qu’a annoncé le gouvernement après le 17 octobre ?

Au 18 octobre, à 21 h (heure de Paris) :

Les journées de mobilisation annoncées, avec leurs sources, sont sur la carte du jour.

Cet article résume les textes officiels et ne remplace ni la lecture de votre contrat ni un conseil juridique. Pour une situation précise, rapprochez-vous de votre assureur ou d’un avocat.

Thèmes : #mesdroits

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Sources

Vérifié le 18 octobre 2026 sur Légifrance, service-public.gouv.fr et conseil-etat.fr :

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